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J’ai découvert Santo Antao et le Cap-Vert confidentiel

Temps de lecture : 8 minutes

Si chaque île du Cap-Vert a su développer son identité et susciter l’intérêt des touristes du monde entier, l’île de Santo Antao, accessible depuis Sao Vicente en ferry, a gardé son authenticité en étant préservée du tourisme de masse. Bienvenue sur une île où nature rime avec culture ! Suivez Ludovic, voyageur insatiable de rencontres et d’aventures, il vous emmène sur cette petite île parfois oubliée des guides de voyage !

Accompagné de mon guide Odaïr et de mon chauffeur Théo, un jeune capverdien, je parcours la route des crêtes (ou plus communément appelée route pavée de Corda) et je prends conscience du travail de l’homme sur la nature.

La route pavée de Corda

Route à Santo Antao

D’une longueur de 36 kilomètres, la route (un incontournable de l’île) fut construite sur plusieurs années par des ouvriers qui la façonnèrent pierre après pierre : « c’est plus résistant que le goudron et moins polluant » m’affirme Odaïr. « En plus, ça s’intègre mieux dans le paysage » précise Théo.

Santo Antao est une des plus grandes îles du Cap-Vert, mais aussi une des îles les moins peuplées. Vallonnée et sinueuse, l’île possède des paysages somptueux et grandioses, partagés entre la montagne et la mer. Les premiers kilomètres de la route, juste en sortie de la capitale Porto Novo donnent la possibilité de traverser des paysages arides où la nature semble comme figée, des étendues lunaires alternant les canyons et les collines, là où la terre ocre se réchauffe au soleil avec indolence. A plusieurs reprises, nous faisons une halte pour découvrir plus en profondeur de véritables décors de science-fiction, lorsque la nature à la manière d’un écrivain dystopique, a décidé de ne pas prendre de gants et s’est lâchée dans la constitution d’un décor post-apocalyptique.

Au cœur de ce paysage aride, nous faisons la rencontre de Maria, une agricultrice qui vit dans une petite maison traditionnelle en compagnie de son fils. La scène semble tout droit sortie de l’imagination d’un conteur ; le décor est posé : « sur une colline, un âne broute du foin. Maria, la maîtresse de maison qui élève seule son fils pénètre en se courbant comme à son habitude dans une petite dépendance faite de pierres et de roches. Posée dans un des coins ronds de la pièce, quelques pierres qui maintiennent une cafetière en aluminium vieilli. A l’aide d’un bâton et alors que la fumée de cette cuisson à haute température emplie la pièce, Maria, à la manière d’un grand chef, goûte le café. Il est bon, pense-t-elle.»

Femme à Santo Antao

Ce n’est qu’à partir du cratère de Cova – cratère dans lequel plusieurs familles se partagent la culture du maïs, des pommes de terre et de la canne à sucre – que l’aridité laisse place au verdoyant, accentuant encore un peu plus le travail de l’homme sur la nature.

Tout autour de nous, des terrasses à la manière des rizières du Vietnam, optimisent un espace qui n’est pas naturellement programmé pour la culture. Sur les pentes abruptes des monts en sommeil de l’île, des briques maintiennent une terre riche en sels minéraux. C’est cela qui lui permet d’être, en quelque sorte, le grenier du pays. En plus de rendre possible la culture d’un environnement hostile, les agriculteurs optimisent l’eau, qui sous ces latitudes ne coule pas en grande quantité. L’arrosage des terrasses les plus hautes permet, par le biais de la circulation hydraulique, d’atteindre les cultures les plus basses. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Terrasses à Santo Antao

Le développement durable à Santo Antao

« – L’île est pleinement intégrée dans un développement durable cher à ses habitants » m’explique Odaïr.
« – Mais, les touristes qui viennent ici ne posent-ils pas un problème dans cette question de développement durable ?
– Il y a près de 28 000 touristes qui se rendent à Santo Antao chaque année. Ce n’est pas un tourisme de masse comme il peut être question sur les îles de Sal et de Boa Vista qui, elles, commencent à souffrir de cette fréquentation. Déjà, il n’y a pas sur l’île, comme tu as pu le voir, de grands complexes touristiques, mis à part à Porto Novo, la capitale où un complexe hôtelier est sorti de terre il y a quelques années. Non, les touristes qui viennent ici (essentiellement des Français d’ailleurs) aiment la nature et se rendent sur l’île pour effectuer de belles randonnées ; ils font attention avec leurs ordures et c’est bien comme ça. Nous sommes heureux qu’il y ait des touristes, c’est ce qui fait vivre les habitants, mais nous ne souhaitons pas que ce nombre augmente. »

En outre, un peu comme l’île de Brava, Santo Antao est protégée de ce tourisme de masse par l’impossibilité de se rendre sur l’île en avion. Seul un ferry en provenance de Sao Vicente permet de rejoindre en une heure l’île choisie par les voyageurs en quête de nature et de promenades. Les plages dans lesquelles se baigner sont quasiment absentes et mis à part les collectivos et les taxis, les transports sur l’île sont difficiles.

« – Mais quand même, les 28 000 touristes génèrent des ordures ? Comment sont-elles traitées ?
– A la différence de Sal et de Santiago, ici les ordures sont brûlées. Santo Antao comporte de nombreux secteurs accessibles uniquement à pied. Dans ces villages reculés, les ordures sont stockées et récupérer une fois par semaine par des habitants qui les portent dans les grandes villes voisines. De là, les ordures sont acheminées par camion à Porto Novo où elles sont brûlées. Ainsi, leur conséquence sur la nature est réduite le plus possible. »

Il est vrai que les routes sont propres, très peu de déchets sont visibles dans l’île ou sur Porto Novo. Malgré tout, à notre arrivée sur l’île, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer la présence de sacs en plastique coincés dans les rochers du port.

« – Malheureusement, en tant qu’île, nous pouvons nous occuper de nos propres déchets et pas ceux des autres ; les vents océaniques charrient nombre de plastiques appartenant aux autres continents : Europe et Amérique incluses. Contre cette pollution qui vient d’ailleurs, nous ne pouvons pas lutter, seulement la ramasser lorsqu’elle échoue sur nos côtes. C’est ce que nous faisons plusieurs fois par an. Mais le combat est loin d’être facile et les armes souvent inégales. »

Le village de Fonthainas

Village de Fonthainas au Cap Vert

Nombre de villages sur l’île sont inaccessibles en voiture ou du moins, difficilement accessibles. C’est le cas du village de Fonthainas qui se situe dans les hauteurs de l’île, au Sud de la ville de Ponta do Sol. Pour le rejoindre, la marche à pied est le moyen de transport privilégié. Mais une route permet à quelques spécialistes du volant de tenter une expédition de plusieurs dizaines de minutes pour une distance de quelques kilomètres seulement.

Selon la légende, la route aurait été construite il y a quelques dizaines d’années par un homme qui voulait séduire une jeune fille du village. Protégés par un parapet qui leur évite la chute, les véhicules circulent prudemment sur une unique voie. La route, construite pierre après pierre comme les autres tronçons de l’île, fait passer, par le biais de sa sinuosité, les routes de la mort d’Amérique latine pour des autoroutes.

Le véhicule frôle sur plusieurs centaines de mètres les murs acérés de la falaise que nous longeons. Une voiture qui arrive en face ne peut ainsi passer en même temps et souvent, il est question de reculade et de mouvements dangereux jusqu’à trouver une ouverture qui permette à un des deux véhicules de laisser la place à l’autre. Cependant, ce chemin (bien que dangereux) permet d’obtenir l’une des plus belles vues de l’île, à la fois sur l’océan que nous dominons de haut et à la fois sur le village de Fonthainas, considéré par les magazines de voyage comme l’un des plus beaux de la planète. Un qualificatif qui pourrait être attribué à l’intégralité de l’île, je dois dire.

Le recyclage

A plusieurs reprises, j’ai pu observer que le recyclage était une donnée particulièrement intégrée chez les habitants de l’île. Si les déchets sont stockés et brûlés et si l’île ne possède pas d’usine de recyclage, ce mot n’en est pas oublié des habitants qui le pratiquent à leur manière. Tout d’abord, dans la réutilisation et l’exploitation des bouteilles, qui ne sont pas jetées dans les poubelles mais transmises entre les habitants afin de transporter soit de l’eau contenue dans les puits, soit du lait. Ainsi, lorsque j’ai voulu jeter des bouteilles vides d’eau minérale, le chauffeur m’en a empêché en justifiant que certains habitants arrêtaient les véhicules de touristes pour leur demander s’ils possédaient ces contenants. J’ai pu le voir de mes propres yeux lorsqu’un fermier que nous avons transporté sur la route des crêtes nous a demandé s’il pouvait récupérer effectivement les bouteilles. En les lui remettant, nous avons contribué au recyclage de ce plastique en favorisant sa réutilisation. Et ce sans dépense énergétique qui en transforment la forme et la structure.

Le recyclage sur l’île de Santo Antao revêt également le paradigme d’une exploitation sans faille des moyens mis à la disposition des habitants par la nature. Les routes et les maisons sont construites avec de la roche locale, les végétaux sont produits sur l’île et les médicaments pour se soigner proviennent des nombreuses plantes présentes sur l’île. Une manière utile et intelligente d’exploiter le meilleur qu’offre la nature. Pour s’insérer dans cette logique de développement durable, permettant de concilier écologie et tourisme, de plus en plus d’habitants créent des pensions au sein de leur maison.  Ainsi, ces dernières années, de nombreux concepts d’éco-lodge ont vu le jour dans des endroits stratégiques de l’île.

Pension à Santo Antao

J’ai pu en visiter un dans les hauteurs du cratère de Cova. L’établissement, tenu par un Italien marié à une capverdienne, propose plusieurs chambres, toutes construites avec des matériaux de récupération ; la nourriture est faite maison. Seules les pâtes en provenance d’Italie sont importées. Les limites du local pour un Italien restant les pâtes de la : « mama ». Et il va s’en dire qu’il n’y a que de l’Italie qu’elles peuvent provenir. Une petite entorse au règlement…

Ludovic vous a ouvert la porte de l’île de Santo Antao. Et si, maintenant, vous alliez à la découverte cette île confidentielle du Cap Vert ? N’hésitez pas à contacter Telma, afin qu’elle puisse vous organiser un voyage au Cap-Vert selon vos envies !

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