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Ma rencontre avec une jeune birmane de 22 ans

Temps de lecture : 4 minutes 30

Leslie est une voyageuse de la communauté bynativ qui a visité l’Asie du sud-est de fond en comble. En Birmanie, elle a fait une rencontre exceptionnelle avec Phaung Phaung, une jeune birmane de 22 ans qui lui a donné une belle leçon de vie …

La journée promettait en inutilité.  Un long voyage en bus me sépare de Yangon, la capitale du Myanmar. Et pourtant… les journées perdues dans les transports sont parfois celles qui réservent le plus de surprises…

Ma belle rencontre

Paysages Birmanie

Je suis la seule étrangère du bus qui se remplit. Une Birmane d’une vingtaine d’années prend la place libre à côté de moi, où personne n’a osé s’asseoir. Pendant les premiers moments de ces sept heures de route, je sens qu’elle m’observe, qu’elle me sourit dès qu’elle a mon attention. Elle a, elle aussi, ce sourire si spécial dont seuls les birmans ont le secret. Ce n’est pas le sourire poli qu’on s’échange timidement dans le métro parisien, non, c’est un sourire franc, audacieux, avec les yeux et le reste du visage… qui vous pique et vous bouleverse instantanément.

Il doit être 9 heures, l’ensemble du bus descend pour un mohinga (petit déjeuner). Elle m’invite avec insistance à partager le sien. Je n’ai pas vraiment envie d’une soupe de poisson, mais je l’accompagne par politesse. Il n’est pas question que je débourse un kyat.

Phaung Phaung a un bon niveau d’anglais. C’est rare ici… et très précieux. C’est la première Birmane que je rencontre avec qui une vraie conversation est envisageable.

A travers la vitre du bus, les montagnes se perdent dans l’emblématique brume birmane, qui donne à l’air du Myanmar cette typique couleur orangée. Les paysages défilent au rythme de son histoire, qu’elle me raconte sans répit.

Le quotidien d’une Birmane de 22 ans

Jeune fille en Birmanie

Elle a passé le week-end dans la petite ville de Thaton pour le festival annuel de la Pagode (temple birman). Elle n’en revient pas que je ne sois pas au courant d’un tel événement. Un week-end idéal, pour une jeune Birmane, commence et se termine par six ou sept heures de bus. Le temps passé sur place est consacré à appliquer méticuleusement de très fines feuilles d’or sur l’intégralité de la surface de la pagode. Un travail d’orfèvre, littéralement.

– Où as-tu appris ce si bon anglais ?

– J’ai longtemps été réceptionniste dans un hôtel.

« Longtemps ». Je réalise qu’elle a cinq ans de moins que moi et (pourtant) deux fois plus d’ancienneté dans le monde du travail. À 16 ans à peine, elle a quitté la maison familiale sur les rives tranquilles du lac Inle pour s’installer dans le chaos de la capitale. Elle s’est installée dans ce qu’elle appelle une « room » qu’elle partage avec neuf autres personnes. « Je travaille ce soir. Tu peux prendre mon lit » me propose-t-elle, en m’assurant à trois ou quatre reprises que c’est chez elle et que, par conséquent, je ne paierai rien.

Je suis renversée par l’offre de cette inconnue… et surtout parce que je sais que la loi interdit aux Birmans d’accueillir des étrangers chez eux. Je descends avec elle dans son quartier reculé de Yangon. On traverse un marché odorant dans le tumulte de la vie urbaine. Je me sens bien avec elle. Je connais le privilège de me faufiler à travers la chaleur et les étals colorés, dans ces rues qu’aucun touriste ne songerait à explorer.

La compagnie bienveillante de Phaung Phaung donne une autre dimension au chaos de Yangon. Celle d’un vrai lieu de vie – aussi incroyable que cela puisse paraître.

La « colocation » à la Birmane

Immeubles en Birmanie

Après avoir marché dix minutes puis gravi quatre étages, on arrive dans sa « room ». Je suis liquéfiée par la chaleur humide de la capitale, qui ne semble même pas perturber ma nouvelle amie, à l’aise dans son longyi (jupe longue traditionnelle) de coton épais et ses manches longues.

Je mets enfin des images sur son énigmatique « room ». Et je reste bouche bée. C’est une pièce, toute en longueur, couleur vert-eau du sol au plafond, qui doit faire 25 m2. Au sol, dix matelas sont alignés et repliés contre le mur. On ne pourrait pas en mettre un de plus.

En face de chaque matelas, il y a un petit tas d’affaires : caisses de vêtements, peluches, sacs à main, livres… la vie de chaque colocataire est contenue dans un espace d’un mètre sur trois à peine, sans un soupçon d’intimité.

Au bout de la pièce, on trouve un petit coin cuisine, dix paires de tongs, six gros bidons d’eau et un petit balcon qui mériterait la pose d’une rambarde. Une « salle d’eau » séparée, composée d’un tuyau d’arrosage et d’une évacuation, vient terminer la visite de l’appartement.

Phaung Phaung est fière de me montrer sa vie. Elle s’est donné les moyens d’en arriver là. Et pour ce qui est du confort… tout est question de point de vue.

La culture du don en Birmanie

Assise en tailleur sur un des matelas trop fin, j’écoute passionnément  Phaung Phaung.

« Je travaille depuis mes 16 ans. Dans mon premier hôtel qui me fournissait toit et repas, je gagnais 50 $ par mois. J’en envoyais 40 à ma famille. Aujourd’hui, avec mes six ans d’expérience, je gagne 300 $ par mois, dont 200 partent pour mes parents. Je dois payer le loyer ici, mais les repas me sont fournis à l’hôtel. En parallèle, je suis des études d’histoire. Mais, avec mes horaires de travail, je n’ai pas pu passer mes examens.

Mais cette année peut être… comme ma dernière sœur va avoir 16 ans, elle va pouvoir aider mes parents, elle aussi. Et j’envisage même de mettre un peu d’argent de côté », m’annonce-t-elle avec un grand sourire et une petite gêne !

Mais la gêne, c’est surtout de mon côté qu’elle s’impose. Elle est bouleversée quand je tente de lui faire comprendre comment sont, en France, notre rapport au travail et à l’argent, nos liens sociaux et fonctionnements familiaux… Elle me regarde ahurie quand je lui explique que ce sont mes parents qui m’ont aidée financièrement jusqu’à mes 23 ans. Je n’ose pas lui donner une idée de mon salaire en France.

Je me sens tout à coup minuscule face à cette Birmane fluette qui me raconte fièrement sa vie. Pendant cette journée d’immersion dans le quotidien de Phaung Phaung, il n’y a pas eu l’ombre d’une plainte. Sa vie est basée sur le don. Don de son temps, de son argent… à sa famille du lac Inle, à ses colocataires un peu trop proches, aux pagodes dorées… et à la voyageuse qui a eu la bonne idée de partager une rangée de bus avec elle.

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