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Le déséquilibre des genres en Chine

Temps de lecture : 6 minutes

Chine, 1,39 milliard d’habitants en 2018. Dans ce pays immense, le nombre de chinois a toujours été un point d’importance pour le pays. Un coup trop élevé, un coup trop en baisse. La courbe qui fluctue au fil des ans est suivie avec une attention toute particulière par le gouvernement chinois qui n’hésite pas à adapter ses lois en fonction d’elle. Ainsi, en 1979, la République Populaire de Chine met en place une « politique d’enfant unique » qui aura de lourdes conséquences sur la population chinoise. Conséquences que l’on continue d’observer 4 ans après son terme…

Où sont les femmes ?

A Pékin, le dimanche matin, les courageux et courageuses qui viennent faire leur sport hebdomadaire dans les parcs de la ville sont les témoins d’un curieux manège. Toutes les semaines, ou presque, des dizaines de femmes d’un certain âge viennent « vendre » leur fils à la belle-mère la plus offrande. Equipées de photos de leur progéniture et d’une liste de critères physiques et moraux, elles tentent de séduire, à la sauvette, la famille d’une éventuelle future belle-fille venue en « repérage de gendre ».  Cette scène peut paraître absurde … mais reflète pourtant la réalité de la Chine depuis plusieurs années. Car, dans la capitale, comme partout dans le pays, le nombre d’hommes est nettement supérieur au nombre de femmes chinoises. Trouver l’âme sœur et fonder une famille relève donc d’une chance inouïe … ou de magouilles pas vraiment orthodoxes, comme le veut l’expression.

En Chine, plus qu’ailleurs, le mariage est d’une importance primordiale. Il est même vu, dans certaines régions, comme le symbole de la réussite d’une personne. Inutile donc de préciser la pression qui pèse sur les épaules des jeunes chinois et des jeunes chinoises. Mais aujourd’hui, le marché matrimonial est si concurrentiel, que beaucoup de chinois moins éduqués partent dans les pays limitrophes en quête d’une femme à épouser qu’ils pourraient ensuite ramener dans leur village. Indonésie, Birmanie, Vietnam, Laos, Philippines : elles acceptent – souvent sans grande conviction – de suivre leur mari dans l’espoir d’une vie meilleure.

Naître femme : un désastre pour la famille ?

Cette pénurie de femmes est encore plus prononcée dans les campagnes chinoises qui ont longtemps soutenu qu’une femme est un fardeau pour la famille dans laquelle elle naît. Ici, les traditions ont la dent dure. Avoir une fille revient, selon le proverbe, à « cultiver le champ d’un autre », puisqu’une fois mariée, elle abandonne ses obligations vis-à-vis de ses parents biologiques et s’occupe exclusivement de ceux de son mari. Comme beaucoup d’autres pays, la Chine est un pays patriarcal où l’homme est au centre de tout. C’est donc lui qui devra transmettre à sa descendance le nom et le patrimoine de sa famille. La politique de l’enfant unique mise en place par le gouvernement, fait donc naître dans l’esprit des chinois, un profond désir d’avoir un garçon plutôt qu’une fille, afin qu’il puisse perpétuer la lignée de sa famille.

L’avènement des échographies prénatales est à l’origine de la sélection des sexes qui commence progressivement à se dessiner partout en Chine, donnant lieu à une recrudescence d’IVG. Certaines provinces ont bien essayé de lutter contre cette malheureuse tendance à coup de slogans, de publicités ou de mesures incitatives. Mais cela n’aura pas l’effet escompté. Aujourd’hui, les médecins n’ont plus le droit de dévoiler le sexe du bébé aux futurs parents, mais beaucoup se laissent convaincre par un complément de salaire.

Une politique de l’enfant unique ratée

Face à cette population chinoise qui ne cesse de croître à vitesse grand V, le gouvernement décide, en 1979, de mettre en place une réglementation visant à limiter le nombre d’enfants par famille. Sous peine de réprimandes financières, d’avortement ou de stérilisation forcée, les couples chinois doivent désormais se contenter d’un seul enfant, qu’il ou elle soit fille ou garçon. Au fur et à mesure des années, cette politique restrictive s’est adoucie autorisant, dans des cas bien précis, les familles à avoir un deuxième enfant.

Dans les campagnes chinoises, notamment, cette nouvelle loi est insupportable. Le gouvernement revient donc sur son décret en publiant, en 1984, un document permettant à certaines familles rurales d’avoir un deuxième enfant. En 2012, la Chine vit un nouveau rebondissement avec un nouvel assouplissement de la politique de l’enfant unique : les chinois habitant les campagnes, étant eux-mêmes enfants uniques ou ayant une fille comme premier nourrisson sont autorisés à avoir un deuxième enfant. Mais cet effort de la part du gouvernement n’a pas eu de réel impact sur la natalité du pays et trop peu de familles chinoises ont franchi le cap d’accueillir un deuxième enfant.

Il faudra attendre 2015, pour que ce projet soit partiellement abrogé. Partiellement seulement ; car si aujourd’hui, la limite du nombre d’enfants par famille chinoise est repoussée à 2, le contrôle des naissances par le gouvernement chinois existe toujours.

Le mal est pourtant fait …

Ce déséquilibre des genres, conjugué à la volonté forte des chinois de se marier, a eu de lourdes conséquences sur la société. Les jeunes filles sont particulièrement sollicitées et ressentent une pression plutôt malsaine de la part des hommes et même de leur famille. Ces dernières années, la Chine assiste même à une augmentation d’attouchements sexuels et à des rapts de femmes.

Dans les campagnes chinoises, on recense des dizaines de « villages de célibataires ». Là, des milliers d’hommes vivent encore chez leurs parents, attendant avec une impatience croissante de rencontrer leur future femme. Certains mêmes, lassés de cette attente sans fin, n’hésitent plus à acheter une femme originaire des pays voisins. Ces femmes quittent leur famille et leur quotidien (souvent miséreux) pour suivre leur mari et s’installer dans les campagnes chinoises. Mais l’amour fait partie de ces choses qui ne s’achètent pas et elles finissent très souvent par tenter d’échapper à cette vie forcée. Ces villages de célibataires ont peu à peu laissé place à des « villages de pères » où les hommes, qui ont jadis acheté une femme, se retrouvent seuls avec leur enfant ; la mère étant partie chercher une vie meilleure ailleurs.

Enfin, les grands oubliés de cette malheureuse histoire sont les innombrables enfants « noirs » qui ont été cachés par peur des représailles de la part du gouvernement chinois… Ces enfants inconnus sans identité officielle, n’ont pas pu recevoir le hukou, document leur permettant d’accéder à des écoles gratuites et sont également privés de soins médicaux.

Depuis la fin de la politique de l’enfant unique en 2015, on observe une légère résorption de ce déséquilibre passant la différence d’hommes par rapport aux femmes de 33,59 millions  en 2016, à 32,66 millions en 2017. Mais la Chine, fidèle à son habitude, garde l’œil sur sa courbe démographique et doit maintenant faire face à un nouvel enjeu : le vieillissement de sa population. Le pays doit donc imaginer de nouvelles politiques incitatives pour les familles chinoises, comme des subventions absorbant une partie des coûts liés à la naissance d’un enfant. Un cercle sans fin …

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