• Vision du monde

Bienvenue chez les Awra Amba, petit village utopiste d’Ethiopie

Temps de lecture : 5 minutes 30

Dans la région d’Amhara, au nord-ouest d’Addis Abeba la capitale de l’Ethiopie, vit une communauté fascinante qui bouscule les codes et les traditions ancrés depuis toujours dans le pays. Depuis 1972, des familles appartenant à la communauté Awra Amba forment ensemble une toute nouvelle société répondant à des règles sociales modernes et en rupture totale avec l’Ethiopie traditionnelle. Son fondateur, Zumra Nuru Mohammad, l’a créée à partir de rien, en suivant simplement son désir de société égalitaire entre les hommes et les femmes, sans religion ni gouvernement corrompu. Si aujourd’hui Awra Amba compte environ 400 adeptes, le mode de vie de ses membres n’a pas toujours été vu d’un très bon œil par les groupes ethniques voisins. Zumra a dû se battre longtemps pour protéger ses idées et les faire accepter. Lumière sur cette petite révolution qui fait écho bien au-delà des frontières de son village…

Une lutte constante pour défendre ses idées

Région d'Amhara - Awra Amba

Le point de départ de cette société idéale : une prise de conscience des conditions injustes dans lesquelles évoluent les femmes en Ethiopie. Ce constat, c’est Zumra Nuru qui le fait dès son plus jeune âge. Révolté par les tâches assommantes effectuées par sa mère, il imagine une communauté où les hommes et les femmes pourraient vivre égaux et en toute harmonie. Très vite, l’égalité des sexes n’est pas son unique point de contestation : le mauvais traitement réservé aux personnes âgées, l’exploitation au travail, l’éducation des enfants trop violente à son goût,…, sont toutes autant de traditions qu’il est urgent de modifier en profondeur.

En 1972, Zumra réussit à convaincre 19 familles de le suivre dans cette folle aventure. Ils s’installent  à Awra Amba sur une cinquantaine d’hectares et commencent ensemble à fonder la communauté. Mais c’est sans compter sur les ethnies alentours qui n’acceptent en rien la nouvelle vision de Zumra. Persécutée, la nouvelle société est forcée de quitter ses terres en 1988. Contrainte à l’errance pendant près de 5 ans, cette épreuve a été terrible pour la communauté qui s’est vue amputée d’une vingtaine de membres, emportés par la maladie ou la faim. Ils ne tenteront de récupérer leurs terres qu’en 1993, au péril de leur vie. Après une lutte acharnée avec les nouveaux occupants, la communauté Awra Amba parvient finalement à s’installer sur les 17 hectares restants depuis lesquels ils s’appliquent à construire une communauté plus juste.

Nouvel ordre social à Awra Amba : l’égalité homme-femme

Awra Amba travailleur Ethiopie

Parmi toutes les nouveautés et tous les éléments de ruptures identifiés dans le fonctionnement de cette nouvelle société, l’égalité des sexes est sans aucun doute le plus significatif. A Awra Amba, les femmes, les enfants et les hommes sont tous égaux. Le travail et les tâches quotidiennes sont, ici, distribuées en fonction de la capacité et des envies de chacun, quel que soit le genre de la personne. A Awra Amba, il n’est pas rare que les femmes tissent et labourent les champs pendant que les hommes s’occupent des enfants et de la cuisine. Une telle scène est encore impensable dans bien des familles éthiopiennes où les femmes sont considérablement défavorisées par la loi et les traditions.

A Awra Amba, les droits des femmes sont reconnus en toutes circonstances, et ce, dès leur plus  jeune âge. Ainsi, les mariages précoces ou arrangés sont formellement interdits par la communauté qui a, à la place, instauré un âge minimum en dessous duquel il est impossible de se marier : 19 ans pour les filles et 20 ans pour les garçons. L’excision, encore très pratiquée sur les petites filles dans le pays, est proscrite au sein de la communauté et l’éducation est accessible à tous, sans distinction.

La religion : source de conflit entre les hommes

Religion Awra Amba

Dire que la religion est entièrement bannie de la communauté Awra Amba serait mentir, car ses membres pensent qu’il existe un dieu créateur unique et qu’il est tout autour de nous. Pas besoin de le nommer, ni de dicter des règles ou de suivre des rituels pour y croire. Selon Zumra, le simple fait d’apposer des mots sur une croyance fragilise l’harmonie entre les hommes. En s’installant à l’écart de la société éthiopienne, les familles qui ont choisi de faire confiance au leader étaient, à l’origine, de confession musulmane pour la plupart, ou chrétienne. En adhérant à cette nouvelle communauté, ils ont abandonné leurs traditions et leur religion, sans pour autant abandonner leur Dieu qu’ils continuent d’adorer librement s’ils le souhaitent. Enfin, Zumra est convaincu qu’il n’existe pas de paradis, ni de vie après la mort. Selon lui, le paradis est à construire maintenant et ici. Pas besoin d’attendre d’être décédé pour cela.

Un fonctionnement basé sur des règles de vie strictes

Femmes Ethiopie awra-amba

La communauté vit en parfaite autonomie en s’appuyant sur diverses activités économiques. La principale, la  confection de vêtements, est opérée tant par les hommes que par les femmes au quotidien. Awra Amba s’est organisé d’une telle façon que tout le monde travaille 6 journées de 9h par semaine. Les bénéfices sont ensuite mis en commun puis partagés équitablement entre les familles. Si cela pourrait s’apparenter au système communiste, ce n’en est pas tout à fait un, puisque chaque membre de la communauté est libre de travailler à ses propres fins, en plus des 9 heures journalières.

En parallèle, les familles doivent respecter un certain nombre de règles plutôt strictes afin de préserver l’harmonie et la bonne entente entre tous. Parmi elle, on retrouve l’interdiction de boire de l’alcool et du café (considéré comme addictif) et de fumer. Les relations sexuelles hors mariage ne sont pas autorisées de même que l’adultère. Un couple a, en revanche, tout à fait le droit de demander le divorce en cas de conflit. L’honnêteté et la solidarité sont deux principes fondateurs de l’esprit Awra Amba. C’est notamment la raison pour laquelle le vol n’existe pas au sein de la communauté, chose exceptionnelle quand on connaît le niveau de pauvreté et de mendicité dans le reste du pays.

Quel avenir pour Awra Amba ?

Enfants Awra Amba en Ethiopie

Ici, le taux de scolarisation est nettement supérieur à la moyenne du pays. Et pour cause ! Dans le village, tous les enfants – garçons ET filles – sont inscrits à l’école. Parfois, sur les bancs de la classe, aux côtés des enfants, se glissent quelques adultes (la plupart illettrés) qui souhaitent acquérir de nouvelles connaissances. C’est en partie par ce vecteur social que Zumra espère passer le flambeau aux générations futures afin qu’elles poursuivent l’œuvre de sa vie. L’éducation joue donc un rôle primordial dans l’avenir de la communauté.

Il est aujourd’hui difficile de faire des prédictions sur le devenir de la société avec si peu de recul. Le leadership de Zumra – aujourd’hui âgé de 66 ans – est tel que l’on est en droit de se demander si la société égalitaire et plus juste d’Awra Amba lui survivra…

Vous souhaitez aller leur rendre visite ? C’est possible ! Il vous suffit pour cela d’en faire part à votre conseiller de voyage local en Ethiopie ! En attendant, envolez-vous pour l’Afrique du Sud avec l’article sur la tribu des Ndébélés ou en Colombie, sur la communauté Wayuu.

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