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La communauté Wayuu en Colombie : un peuple de survivants

Temps de lecture : 6 minutes

Dans la péninsule de la Guajira, à cheval entre la Colombie et le Venezuela, se trouve une communauté qui se bat encore et toujours contre l’envahisseur. Les Wayuu sont fiers de leur résistance et plus encore de leurs traditions qu’ils s’appliquent à transmettre aux générations futures. Aujourd’hui, ce peuple indigène est le plus important de Colombie et compte environ 700 000 âmes qui vivent sur le territoire. Et quel territoire ! A la suite de la colonisation du pays par les espagnols, les Wayuu se sont rabattus sur le désert de la Guajira, un environnement hostile et d’une sécheresse inouïe. C’est ici le point le plus septentrional du continent sud américain.

De cette région inhospitalière et recluse, ils en ont tiré une force en développant un système communautaire exceptionnel, enregistré depuis 2010 au patrimoine immatériel de l’humanité. Aujourd’hui, les conditions économiques et environnementales des Wayuu sont telles que leur survie est menacée. Les femmes, en véritables matriarches, se battent pour que leur peuple ait accès aux ressources primaires. L’eau, notamment, est une richesse qui se fait de plus en plus rare au Guajira, la principale rivière du territoire ayant été obstruée par un barrage… A travers cet article, bynativ, sur les conseils d’Elodie, vous emmène à la découverte de cette épatante communauté d’Amérique du Sud qu’il est urgent de préserver.

L’une des dernières sociétés matriarcales de la planète

Femmes Wayuu en Colombie

Assez rare pour être souligné (en rouge et 3 fois), les Wayuu font partie de ces derniers peuples au monde à jouir d’un système matrilinéaire. Ici, ce sont les femmes qui sont au cœur de tout. Elles sont en premier lieu les protectrices des « Rancherias » construits tout en bois de cactus et protégés par des barrières. Ce sont ici que vivent leurs clans qui représentent leurs familles et qui constituent le propre de la communauté Wayuu. Elles prennent également les décisions importantes au sein de la société et en gèrent l’ensemble des dépenses. Mais leur rôle va bien au-delà d’une gestion administrative ; ce sont elles qui transmettent aux générations futures « le sang wayuu » et les traditions qui vont de pair.

Dès qu’elles entrent dans la puberté, les jeunes filles doivent se prêter à un rite initiatique traditionnel dans la culture Wayuu. Ce cheminement spirituel compte une étape d’isolement lors de laquelle l’adolescente recevra toutes les instructions et tout le savoir-faire Wayuu de sa mère. C’est également lors de ce rituel sacré pour la communauté, qu’elle est préparée à l’accouchement, à la réflexion, à la patience et au tissage.

Les hommes, quant à eux, ne sont pas totalement évincés de la société puisqu’ils ont un rôle de représentation de leur clan à l’extérieur de la communauté Wayuu. En revanche, ils n’habitent pas sous le même toit que les femmes et vivent même dans des maisons éloignées de la communauté. Ici, un mariage est surtout vu comme une alliance entre deux clans, négociée avec une dot qui est composée, en général, de bétail.

« Ici, ce sont les femmes qui sont au cœur de tout. Elles sont les protectrices des « Rancherias », elles prennent les décisions importantes au sein de la société et en gèrent l’ensemble des dépenses »

Un système judiciaire inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité

Enfants Wayuu en Colombie

Au-delà de son caractère matrilinéaire exceptionnel, cette communauté fait également preuve d’un système législatif singulier. Est-ce dû au fait que les Wayuu aient été isolés sur un territoire des plus hostiles pendant de nombreuses années ? Est-ce parce qu’ils ont résisté aux colons espagnols et à leur culture qu’ils se sont pourtant efforcés de vulgariser ? Toujours est-il que les Wayuu ont développé un ensemble de lois et de rites hors du commun qui régissent aujourd’hui l’ordre social de la communauté et permettent de régler les éventuels conflits qui perturbent parfois le quotidien de ses membres.

« Le Pütchipü’üi tranche en faveur de l’un ou de l’autre et demande réparation au fautif qui s’exécute lors d’une cérémonie publique devant le reste de la communauté. »

Le Pütchipü’üi (appelé également « Palabrero ») est certainement le personnage le plus important dans le droit Wayuu. Ironie de l’histoire : c’est un homme, le plus souvent l’oncle maternel. Le Palabrero est chargé de rendre la justice grâce à la parole et aux savoirs ancestraux dont il a hérités. Ce système est basé sur la reconnaissance de la faute et sur le paiement d’une indemnité payée en guise de réparation.

Le principe est simple : après avoir longuement analysé la situation et discuté de manière calme, pacifique et sensée tant avec l’offenseur qu’avec l’offensé, le Pütchipü’üi tranche en faveur de l’un ou de l’autre. Il demande alors réparation au fautif qui s’exécute lors d’une cérémonie publique devant le reste de la communauté. Le plus souvent, ces compensations consistent en un collier de pierres précieuses ou en sacrifice de bétail. Même les crimes les plus graves peuvent être résolus de cette manière, à l’aide du Palabrero et de sa diplomatie légendaire. Ce système judiciaire a rejoint la longue liste du patrimoine immatériel de l’humanité en 2010.

La communauté Wayuu face à de nouveaux défis

guajira en Colombie

Les Wayuu sont un peuple de survivants. Après avoir vécu la violence de la colonisation espagnole et les nombreuses guerres qui ont ravagé leur pays, ils sont aujourd’hui face à de nouveaux défis cette fois d’ordre environnemental et économique. Malgré cette richesse culturelle que nous venons de décrire et qui les caractérise, cette terrible réalité les menace d’extinction. L’accès difficile à l’eau et la sécheresse qui appauvrit toujours plus les terres de la Guajira sont les deux raisons pointées du doigt par les membres de la communauté Wayuu. Si l’une de ces causes est purement climatique, l’autre semble être l’arbre qui cache la forêt…

 « Les chantiers d’extraction minière lancés par le gouvernement ont accéléré l’aridité de la zone, rendant l’accès à l’eau déjà difficile, quasiment impossible. »

Lorsqu’ils se sont installés sur la péninsule de la Guajira, les Wayuu étaient à mille lieues de penser qu’ils reposaient sur un trésor. Les gouvernements colombiens et vénézuéliens, eux, s’en sont bien vite rendus compte et n’ont pas tardé à lancer plusieurs chantiers d’extractions minières. Ces travaux gouvernementaux ont eu pour conséquence la migration d’une partie des membres de la communauté Wayuu. N’ayant plus de terre pour exercer leur activité agricole, ils n’avaient pas d’autres choix que de se rendre dans les villes les plus proches avec l’espoir d’y trouver un travail. Ce contact avec la civilisation colombienne ou vénézuélienne a gommé peu à peu les pratiques traditionnelles de ces hommes et femmes Wayuu qui ont fini par abandonner leur culture.

 « La Guajira connait de très gros épisodes de sécheresse faisant plus de 5000 décès chez les enfants. »

Pire encore : les chantiers d’extraction ont accéléré l’aridité de la zone, rendant l’accès à l’eau déjà difficile, quasiment impossible. Les femmes Wayuu n’hésitent plus à se battre et à négocier avec les autorités pour ré accorder ce droit primaire à leur clan. Mais trop occupés à faire face à leurs propres défis, le Venezuela comme la Colombie semblent se désintéresser de la question. « La Guajira connait de très gros épisodes de sécheresse faisant plus de 5000 décès chez les enfants de la communautés Wayuu depuis ces 8 dernières années …« , nous raconte Elodie. « Sur votre route pour Punta Gallinas, les enfants font barrage avec des cordes pour demander des bonbons aux Pick-up, voici mes conseils pour votre voyage: faites le plein de provisions à Uribia avant de partir pour le désert ; préférez des aliments nutritifs tels que : lait concentré, barre de céréales, oranges, fruits, eau potable … plutôt que des bonbons ; prenez le temps d’aller vers les Wayuu pour comprendre leur mode de vie et gérez vos propres déchets car il n’y a pas de système de gestion des déchets dans le désert ! »

Enfants wayuu faisant barrage dans le désert pour demander des bonbons

Enfants wayuu faisant barrage dans le désert pour demander des bonbons

Heureusement aujourd’hui, de nombreuses associations tentent de pallier le manque d’aide gouvernementale en faisant appel à la générosité mondiale. « The Wayuu Taya Foundation » créé en 2002 par l’actrice vénézuélienne Patrica Velásquez, originaire de la péninsule, est l’une des organisations les plus actives sur le sujet. La vente de sacs tissés par les femmes Wayuu en est la principale source de financement. Les fonds que l’association en retire servent à donner l’accès aux soins médicaux et à l’éducation aux Wayuu. Et cette fondation est loin d’être la seule à se préoccuper de la survie de cette communauté ! Ces sacs emblématiques de la culture Wayuu – les mochila – sont devenus les principales sources de financement de ces associations qui luttent pour leur préservation. En développant un commerce équitable autour de ces accessoires de mode, elles parviennent à récolter assez d’argent pour venir en aide aux Wayuu.

« Mon périple dans le désert de la Guajira est une expérience qui restera gravée dans ma mémoire. Dans ces paysages arides de toute beauté, là où le désert se jette dans la mer des caraïbes. Durant près de 2 jours, j’ai exploré les confins du désert avec le jeune Manuel, 16 ans, ne parlant pas un mot d’espagnol, mais ces parents nous l’avait confié pour nous guider à travers les dunes. » Elodie, voyageuse dans l’âme qui est tombée sous le charme des Wayuu.

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