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Ma rencontre avec les Indiens Embera du Panama

Temps de lecture : 9 minutes

Il est de ces rencontres durant un voyage qui vous procurent une émotion intense, une rencontre bercée par la main du destin qui place sur votre chemin des individus qui vous marqueront votre vie durant. Mais, il existe parfois des expériences magiques qui vous changent à jamais. C’est le cas de cette rencontre avec les Indiens Embera que Ludovic nous raconte. Pourtant, il a parcouru le monde entier, Ludovic ! Mais cet instant magique, coupé de tout et de tout le monde, au bord d’une des plus belles plages du monde, reste sans aucun doute l’un de ses plus beaux souvenirs ! Vous n’aurez pas de mal à plonger avec lui dans cette histoire unique ! Allez, c’est parti …

Peuple indigène du Panama, un pays d’Amérique centrale ayant pour voisins le Costa Rica et la Colombie, les Indiens Embera font partie de l’un des 7 groupes ethniques encore présents sur le territoire avec : les Kunas, les Wounaan, les Ngobe, les Bugles, les Teribes et les Bris-Bris. Originaires de l’extrême Est du pays, à la frontière avec la Colombie, dans la région du Darien, les Indiens Embera ont quitté en partie les terres de leurs ancêtres. Leur but : fuir une zone forestière qui a longtemps été un terreau d’adoption pour les Farcs, ces Forces armées révolutionnaires de Colombie. Aujourd’hui, une partie des indiens Embera ont élu domicile sur les rives du Rio Gatun, un fleuve du centre du pays, situé au cœur de la Nationale 3 qui relie Colon à Panama City. C’est là, que je vous emmène avec moi !

Le transport et la rencontre

Pirogue des indiens au panama

La pirogue fend le Rio Gatún. Les cheveux dans le vent, je me laisse bercer par cette forme de transport entre le moderne et le traditionnel. Le bois de l’embarcation nous permet d’être, mes deux enfants, ma femme et moi-même, au cœur d’une nature sauvage. L’Indien qui tient la barre se presse pour être de retour au village avant la tombée de la nuit. Il se trouve à moins de deux heures de pirogue, bien en-dessous des cinq heures qui étaient nécessaires avant d’ajouter à l’embarcation un moteur quatre temps récent Mercury de six chevaux. « Nous sommes Indiens, pas des sauvages ! » s’amusera-t-il à me répéter à plusieurs reprises durant notre immersion dans le village, le tout dans un anglais approximatif mais teinté de bonne volonté et un grand sourire communicatif. Nous pénétrons après une 1 h 30 de trajet sur un lac où notre capitaine s’amuse à effectuer avec l’embarcation des trajectoires curvilignes en nous faisant découvrir l’étendue aquatique qui se dresse devant nous. Le piroguier rejoint ensuite un petit cours d’eau se repérant grâce à un petit panneau sur lequel est inscrit : « Emberá Quera Panama Canal village ». Ça y est, on y est !

La découverte du village

Village des indiens au Panama

Une fois la pirogue amarrée, nous nous engageons sur un petit pont de bois qui ne tient plus guère…que par un grand mystère et deux piquets de bois. Nous n’avons même pas le temps de toucher l’herbe que tous les habitants du village viennent à notre rencontre afin de nous saluer avec un grand sourire. Nous sommes ensuite emmenés dans la hutte centrale ouverte sur l’extérieur où nous sommes invités à nous asseoir. Le village est un véritable havre de paix. Les maisons en bois sont construites sur plusieurs niveaux avec, en contrebas, ce square dans lequel nous nous trouvons et dans lequel, nous pouvons enfin nous détendre et nous reposer de ce long trajet.

Au cœur de ce paradis terrestre, nos sens sont en éveil. Nous sommes plongés dans les tréfonds d’une nature luxuriante où les couleurs rouges des Heliconias se marient avec les ailes noires du facteur, un papillon omniprésent dans le pays. La verdure à perte de vue d’une pelouse à la tonte quasi parfaite donne à la terre ocre du sol un sentiment d’harmonie que le meilleur de nos peintres ne parviendrait pas à restituer. Les adultes hommes sont vêtus uniquement d’un pagne qui cachent leurs parties génitales et leur tombe jusqu’aux genoux. Les femmes, quant à elles portent des robes confectionnées avec des morceaux de tissus colorés qu’elles attachent au niveau de la poitrine.

Les indiens Panama

Traditionnellement, les Embera ne vivent pas en communauté mais en famille, sans avoir ni chef ni structures politiques. Pourtant dans ce village que j’ai la chance de visité, ils sont regroupés en communauté afin d’avoir plus de poids face au gouvernement central qui leur a octroyé ces terres de substitution. Ils se sont érigés en association culturelle, subsistant non pas de la pêche, de la chasse et de l’agriculture comme leur cousin du Darien, mais bien du tourisme, seule solution de préserver leur identité et leurs traditions selon eux.

Le partage de la vie locale

Indiens au Panama

Une des responsables de la communauté arrive à notre hauteur et après nous avoir salués, nous propose de nous faire visiter la hutte qui nous servira de chambre. Une fois nos affaires posées sur les lits, recouverts par de grandes moustiquaires suspendues au plafond, nous rejoignons la cabane en bois de la responsable, qui nous présente fièrement sa maison. Le plafond est recouvert de feuilles de palmiers et plusieurs étagères en bambous supportent un bric à brac paradoxalement bien ordonné. Sur un plan de travail qui semble fusionner avec l’édifice, une grille reliée à une bouteille de gaz lui sert à cuisiner. Les maisons ne possèdent pas l’électricité, mais en cas de besoin, un groupe électrogène permet aux indiens de bénéficier de cette énergie moderne.

Nous sommes surpris de la présence de ce semblant de confort. La responsable me répond dans un Espagnol courant : « Nosotros somos Indios. No somos salvajes ! » Pas besoin de vous faire la traduction, vous aurez compris ! Nous rejoignons l’extérieur de la cabane et après avoir croisé un Toucan légèrement apprivoisé, une petite fille de cinq ans se présente à mon fils de trois ans ; sans le lui demander, elle lui donne la main.  Dans ses yeux, un sentiment mitigé de surprise et d’attraction. Un des Indiens, hilare, m’explique : « Aqui, son las Mujeres quines eligen a los hombres » ou en Français : « Ici, ce sont les femmes qui choisissent les hommes ! »

Indiens dans la rivière

Une immersion dans la vie locale

Ma fille est ensuite invitée par une villageoise à se faire tatouer de manière éphémère. La jeune fille âgée d’à peine 20 ans parle un anglais parfait. Elle nous explique, en reproduisant sur la poitrine de ma fille, des motifs géométriques, qu’elle étudie à l’université de Panama City qu’elle rejoint chaque semaine :

–           Quelle matière étudies-tu ?
–           Le développement durable et l’horticulture.
–           Mais tes amis savent que tu vis au cœur d’un paradis terrestre ?
–           Oui, je les emmène souvent avec moi. Ils aiment cette ambiance particulière qui règne ici. Nous pouvons nous reposer, aller nous baigner sans être dérangés par quiconque.
–           Et comment tu vois ton avenir ?
–           Dans Panama City.
–           Tu ne veux pas vivre ici et perpétuer tes traditions ?
–           Non, je préfère aller en discothèque, regarder la télévision. Conduire une voiture. Et vivre ma vie de femme !

Toucan au Panama

Et c’est bien là le gros problème des tribus amérindiennes : la  modernité double la transmission des pratiques ancestrales. Ces problèmes que vivent la tribu Embera nous est contés par le druide médecin qui nous fait visiter le village. « Pourtant » nous explique-t-il, « nous avons tout ici ! De l’eau pour étancher notre soif, du poisson pour nous nourrir. Les touristes qui viennent nous voir nous apportent l’argent nécessaire à la rénovation de notre village ainsi qu’à l’achat des biens que nous ne pouvons pas trouver sur place : essence, viande, boite de conserve…Je ne comprends pas cette volonté de quitter notre mode de vie ». Il nous présente ensuite l’école du village dans laquelle une maîtresse, envoyée par l’Education Nationale, enseigne aux plus jeunes enfants les bases des mathématiques, des langues et des plantes. Nous discutons ainsi plusieurs heures avec lui. Il est passionnant !

Et alors qu’une forte pluie s’abat sur nous, nous sommes appelés par la responsable de l’association pour manger. Au menu, une soupe de poissons et du poulet accompagné de manioc. Nous passons près de deux heures, éclairés à la bougie, à manger et à converser tant bien que mal avec nos nouveaux amis.

Enfant Embera au Panama

A la rencontre des caïmans

Nous avons simplement le temps de nous détendre quelques minutes dans notre hutte que nous sommes appelés par notre piroguier pour aller à la rencontre du caïman. Le moment tant redouté de ma femme est arrivé. Accompagnés de la jeune amoureuse de mon fils à qui il donne la main, nous nous embarquons pour un périple en pleine nuit sur le fleuve du Rio Gatún. Armé de sa lampe frontale, le piroguier aperçoit dans la nuit noire deux yeux rouges couleur sang. Doucement, il nous susurre : « It’s here ! »  après avoir éteint son moteur et laissé la pirogue avancer nonchalamment vers la direction souhaitée, il se saisit du caïman qu’il retire immédiatement de l’eau, le tout avec une facilité déconcertante. Sur la pirogue, mise à part ma fille qui s’approche de l’animal, le silence règne. Mais contre toute attente – et peut-être échaudée par nos taquineries – ma femme demande à tenir l’animal en prenant grand soin de lui fermer la bouche.. En un instant, ma femme vient de me remettre en place de la manière la plus noble possible : avec panache.

Indiens Emberas au Panama

Le deuxième jour

Le lendemain matin, nous nous réveillons encore somnolant. La jeune amoureuse de mon fils grimpe dans notre hutte pour nous informer grâce à la langue des signes que le repas est prêt. Nous rejoignons la hutte de la responsable dans laquelle nous prenons un petit-déjeuner à base de fruits frais et de galettes de riz. Nous sommes informés d’un départ imminent vers un autre secteur du Rio Gatún. Au programme : baignade, rencontre avec les locaux, découverte des singes et une surprise que nous vivrons au retour au village.

Nous embarquons avec notre piroguier pour une heure de transport à toute vitesse sur le Rio Gatún. Sur le chemin, nous nous arrêtons à hauteur d’un pêcheur traditionnel . L’homme nous gratifie d’un large sourire et accepte de me faire monter avec lui pour m’expliquer sa technique de pêche. Il se saisit d’un fil sur lequel il a greffé un hameçon ; délicatement, il appose dessus une mouche qu’il roule en boule avec ses doigts ; il pose le fil sur l’eau et s’éloigne un peu en pagayant. En quelques instants, un poisson mord.

Singes au panama

Nous arrivons, après trente minutes de transport, à un autre lac. Nous parvenons sans encombre jusqu’à la terre ferme et pouvons nous adonner à de nombreux jeux aquatiques, accompagnés par la famille amérindienne. Après une heure d’une dépense d’énergie revigorante, le piroguier sonne l’heure du départ. Il emprunte un autre cours d’eau ; en nous rapprochant d’une jungle épaisse, des cris stridents résonnent. Nous levons nos yeux vers la cime des arbres et apercevons une nuée ardente de singes hurleurs, excités par notre arrivée

La surprise et le final

De retour au village, nous sommes placés dans la hutte centrale. Des percussions se laissent alors entendre ; nous cherchons du regard leur provenance. C’est alors que toutes les femmes du village, vêtues de leurs plus beaux habits entrent sur la piste. Les musiciens entonnent une mélodie rythmée. Le spectacle commence. Les femmes occupent l’intégralité de l’espace. Les musiques sont variées et s’enchaînent ; nos jambes sont entraînées par cette danse hypnotique à laquelle nous sommes conviés. Mon fils, naturellement se dirige vers son amoureuse, toujours épié de près par son petit frère. Durant près d’une heure, nous concluons cette rencontre hors du commun que nous avons vécue.

Dans la pirogue qui nous emmène vers la modernité, nos yeux s’embuent de toutes ces émotions que nous avons vécues. Ce peuple s’est avéré d’une humanité exacerbée, ne nous jugeant jamais sur notre mode de vie, mais au contraire s’intéressant à chaque pan de nos existences, affamé d’apprentissage de notre quotidien pourtant si différent du leur. Une véritable expérience qui nous changera à jamais.

Et si vous tentiez vous aussi l’aventure panaméenne ? Zulmy, notre conseillère de voyage au Panama se tient à votre disposition pour vous offrir le plus beau voyage sur-mesure au Panama !

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