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Ils prédisent les éruptions volcaniques au Cap Vert

Temps de lecture : 5 minutes et temps de visionnage : 15 minutes

Lors de son voyage au Cap Vert, il était inconcevable pour Ludovic de ne pas s’arrêter quelques jours sur l’île de Fogo où son volcan éponyme fait les beaux et les mauvais jours des locaux. Grâce à sa sympathie légendaire, il s’est rendu au contact des habitants qui, irréductibles, habitent dans la caldeira de ce monstre de feu, qu’importe les risques. Tito a vécu les 2 derniers réveils du volcan. Il nous raconte, en vidéo, cette nuit de 1995 et ces longs mois de 2014 où la lave a dévalé les pentes du Pico do Fogo.



Les signes avant-coureurs

Tito était âgé d’à peine 12 ans lorsque le Pico do Fogo a explosé une nuit de 1995. Sa grand-mère avait, à l’époque, su voir les signes avant-coureurs qui échappaient alors aux plus jeunes générations. « Ma grand-mère qui a vécu l’éruption de 1951 venait le matin […] et faisait peur à ma mère. Elle nous disait « Je crois que le volcan va entrer en activité. ». Quand ma mère lui demande comment elle sait ça, elle répond qu’elle voit les signes. Par exemple, en février 1995, il y a eu une grosse tempête de vent et ça soufflait énormément. Les personnes âgées dans la caldeira disaient que la seule fois qu’elles avaient vécu un vent avec cette puissance-là, c’était en 1951, quelques jours avant l’éruption. »

Bien que la famille de Tito ne croit pas à son discours, la matriarche persiste dans sa prédiction en affirmant un matin de mars avoir ressenti un tremblement de terre. « Pour nous, c’était étrange parce qu’on ne sentait rien. Mais il n’y avait pas qu’elle qui disait ça. Les personnes âgées qui avaient vécu l’éruption de 1951 ont toute commencé à parler comme ça alors que nous, on ne voyait pas de différence. »

A force d’essayer de prévenir son entourage, la grand-mère de Tito a fini par effrayer sa famille. Pourtant, c’est bientôt, tout le village qui, de plus en plus en alerte, ressent les tremblements de terre. « Petit à petit, tout le monde a commencé à les sentir. Au début, certains entendaient une espèce de bruit, comme un tremblement de terre qui était vraiment très profond. Et puis ensuite tout le monde s’est rendu compte que ça tremblait de partout. Ça a duré comme ça pendant bien un mois. Et les derniers quinze jours, tous les habitants étaient sûrs que le volcan allait exploser. »

Maison au pied du Pico do Fogo

Des tremblements en guise d’alerte

Mais s’il y a bien un signe avant-coureur par définition, c’est bien le tremblement de terre. Tito nous en dit plus : « Les signes les plus communs qu’on a avant chaque éruption, ce sont les tremblements de terre qui commencent très très longtemps à l’avance. Mais en fait, ici, chaque année on a le droit à 3 ou 4 tremblements de terre donc on ne fait pas toujours très très attention. Mais il y a toujours des gens dans la caldeira qui commencent à compter. Et quand il y en a plusieurs fois de suite, là, c’est pas normal ! »

Le jour de la fameuse éruption de 1995, la terre ne cessait de trembler. « Au bout de quelques jours, les tremblements de terre sont presque devenus une habitude », continue Tito. « Quand l’éruption est arrivée en 1995, on était déjà un peu habitué à ça. Les 3 derniers jours ça tremblait tout le temps. Au bout d’une demi-heure, 40 minutes, il y avait un tremblement mais ce n’était pas régulier. Par moment, il pouvait durer que 5 minutes, d’autres fois ça pouvait durer 1h. Il y en avait plusieurs dans la journée. Et ça, ça veut dire que ce n’est pas normal. »

Pico do Fogo

Le jour de l’éruption : 2 avril 1995

« Ce jour-là, on s’est retrouvé à la maison sans adulte parce que notre père n’habitait pas avec nous et notre mère était partie en ville. La nuit a commencé à tomber et il n’y avait pas d’électricité dans le village. On a commencé à avoir la trouille et on est parti au lit. Pendant ce temps, ça tremblait. On a bien fermé les portes et vers 10h du soir, ça a tremblé tellement fort que notre grand-mère est venue nous voir en criant ‟Sortez de la maison ! Sortez de la maison !”. Les murs des maisons, à l’époque étaient en pierre et pour pouvoir caler les grosses pierres, il faut mettre des petites pierres pour boucher un peu les trous. Ça secouait la maison et on entendait les petits gravillons qui tombaient, on avait l’impression que la maison allait s’écrouler. »

Quelques heures plus tard, tout le monde était dans les rues plongées dans le noir le plus total. Les anciens partageaient avec les plus jeunes des histoires pour les rassurer pendant que la terre continuait de gronder. Ayant connu l’éruption de 1951, les personnes les plus âgées du village distribuaient quelques conseils pour quand l’heure de l’explosion serait arrivée. « Si jamais il explose, il ne faut pas courir. Il faut monter sur la petite colline car si la lave arrive, normalement, elle ne va pas monter en hauteur. Il faut monter dans les pentes. Ils ont passé des heures à faire passer ce message-là », nous raconte Tito.

Bien que le Pico do Fogo ait un sommeil très léger, les habitants de la caldeira ne quitteraient pour rien au monde cette terre. Tito termine d’ailleurs son témoignage ainsi : « C’est notre vie ici. Pour beaucoup de gens, ce volcan, c’est un danger et un risque mais pour nous, c’est ce qui nous permet de vivre. […] C’est notre dieu sur terre, c’est lui qui nous permet de vivre tous les jours. Donc c’est pour ça qu’on ne le quitte pas. »

Si vous souhaitez visiter l’île de Fogo et vous attaquer à l’ascension de ce volcan (endormi !), contactez notre agence de voyage locale au Cap Vert !

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