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Ma découverte de Kolmanskop, ville fantôme en Namibie

Ludovic continue son tour du monde : après son voyage inoubliable sur l’île de Pâques au Chili et sa rencontre avec les indiens Embera au Panama, c’est à Kolmanskop qu’il nous emmène, une ville fantôme en Namibie ! Êtes-vous prêts pour un voyage dans le temps ?

Alors que le sable recouvre une vallée étendue, une route goudronnée nouvellement construite perfore le paysage ; la violence de cette rencontre entre la construction de l’homme et le sauvage de la nature symbolise bien l’essence même de la Namibie : une symbiose émotionnelle entre le moderne et l’ancien, entre le sauvage et l’urbain, entre le passé et le futur.

La Namibie, témoin du temps qui passe

Non loin de Lüderitz, une sorte de ville du bout du monde située dans le Sud du parc de Namib-Naukluft et dans le Nord du parc Sperrgebiet, la ville fantôme de Kolmanskop est une transition, une pause, une représentation de la civilisation dont on ne peut pas dire avec précision si elle est la fin d’une époque ou le début d’une autre. D’ailleurs, le simple fait de prendre une carte routière permet de bien se représenter cette séparation entre deux parcs dont le vert représentatif des cartographes pour désigner un ilot naturel est scindé par la présence de ces deux villes dichotomiques. C’est un peu comme le sont dans une analogie bien tendancieuse les villes de Liverpool et de Manchester, Liverpool, la belle, la chantante et Manchester la triste. Lüderitz étant ainsi la ville qui est, Kolmanskop, celle qui fut.

En voiture, il faut moins de quinze minutes de route en provenance de Lüderitz pour rejoindre Kolmanskop, après avoir traversé plusieurs étendues marécageuses permettant d’observer en rangs serrés, des colonies de flamands qui, en choisissant cette terre peu densément peuplée, ont mis un juste prix sur leur tranquillité. Bien des villes fantômes existent sur la planète.  Aux Etats-Unis, elles sont figées dans le temps depuis l’époque du far-West et servent de témoignage à une époque révolue où les pistolets mitraillant les corps servaient de paradigmes à une virilité faite de chevaux, de chapeaux et d’éperons. En Ukraine, la ville de Pripiat non loin de Tchernobyl, abandonnée à son état, est le relais de la démonstration de l’incapacité des hommes à gérer leur avancée technologique. En France, Oradour sur Glane relate un témoignage de la folie des hommes, le village ainsi que tous ses habitants ayant été décimés par les nazis durant la deuxième guerre mondiale. Mais à Kolmanskop, la ville fantôme symbolise la désertification minière diamantifère et les conséquences de l’exploitation industrielle des terres sur un paysage naturel.

Paysage de la Namibie

Kolmans… Quoi ?

Alors que la ville de Lüderitz, ville du bout du monde s’endort, j’écoute, accoudé à un banc dans une église austère…, un prêcheur amener avec force et conviction la bonne parole à des fidèles, qui partagés entre les chants et des périodes de transes font preuve d’une attention surprenante. Sous les coups de : « Jésus est en toi, mon frère », le prêcheur passe de rangée en rangée pour choisir au gré de ses envies et peut-être de sa capacité à cerner les esprits les plus réceptifs, des fidèles qui une fois sa main placée sur le front deviendront un réceptacle à son pouvoir de guérison…à l’entendre : de l’âme et du corps.

A la fin de l’office, alors que je m’apprête à quitter cette séance mystique, un homme présentant un léger embonpoint qui le distingue des fidèles beaucoup plus décharnés se présente à moi en m’invitant à accepter l’invitation du prêcheur. Il est sûr que dans une église de la banlieue peu touristique de la ville, la pâleur de ma peau, quand bien même un peu bronzée sous le soleil de Namibie, ne pouvait pas me laisser passer inaperçu.

Route jusqu'à Kolmanskop

–       Hey mon fils…tu n’es pas d’ici ? m’amène le prêcheur, un homme d’une cinquantaine d’années,
–       Bonjour, nous sommes Français. Nous avons loué une voiture en Afrique du Sud et depuis plusieurs semaines, nous parcourons l’Afrique australe en quête de ses trésors.
–       Et alors, que pense-tu de la Namibie ?
–       Nous avons découvert les dunes de Sosusleiv et là, nous nous apprêtons à nous rendre au Fish canyon. Du moins, demain matin, après une bonne nuit de sommeil, car la route difficile nous a épuisé.
–       Mon fils…tu ne vas pas aller à Kolmanskop ?
–       Kolmanskop ? Non je n’ai pas prévu de m’y rendre. Mais c’est quoi exactement Kolmanskop ?
–       Kolmanskop est une ville qui a été fondée à la fin du 20 ème siècle par des colons allemands. Plus précisément en 1908, grâce à l’exploitation des gisements de diamants. La ville a atteint son apogée en 1920, avant de subir un déclin et de voir ses derniers habitants la quitter fin des années 50. En 1980, la compagnie minière De Beers a restauré un certain nombre de bâtiments, et créé un musée ; la ville est, depuis, devenue une attraction touristique majeure dans le pays.
–       Kolmanskop, une ville fantôme ? 
–       Oui, mais pas n’importe laquelle. Les maisons sont relativement bien conservées et la ville possède une destinée meurtrie. Lorsque l’on s’y trouve, on peut entendre les hurlements des maisons qui souffrent. Certains diront que le vent en est responsable…mais la légende raconte que ce sont les esprits des mineurs morts par accidents qui crient pour toujours susciter l’attention des vivants et ainsi ne jamais être oubliés. En plus, l’exploitation diamantifère se poursuit autour de la ville. Quelques mineurs y travaillent et utilisent encore certaines infrastructures ; tu pourras en faire la connaissance. Mais attention…qui te dis que celui que tu rencontreras existe vraiment !

Son rire semblant d’outre-tombe me surprend ; en l’instant, je dois me pincer pour me convaincre que cette rencontre ubuesque n’est pas un rêve. Mais fantômes ou pas, Kolmanskop, nous voici. Le lendemain matin, nous parcourons les quelques kilomètres qui séparent Lüderitz de Kolmanskop en arpentant une longue route goudronnée qui longe une voie ferrée sur laquelle comme par magie, un train semblant tout droit sorti d’un western circule. Avec la cheminée crachant sa fumée comme un mineur atteint de silicose.  En gagnant quelques mètres d’altitude, suffisant sur ce paysage plat, la ville fantôme de Kolmanskop émerge de ce décor aride ensablé à la manière d’un mirage.

Arrivée à Kolmanskop en Namibie

Premier pas à Kolmanskop

Nous garons notre véhicule de location sur un parking désert et un panneau à l’entrée nous mentionnant les horaires d’ouverture ainsi que le tarif de six euros nous prouve la potentialité de l’attraction, un site touristique majeur dans le pays. La première partie de la visite se déroule dans la grande salle de l’ancien théâtre. Alors que la salle fut rénovée par la compagnie minière, sentant le potentiel touristique d’une ville fantôme à taille réelle, elle est aujourd’hui usitée par les guides de la ville, employée par le ministère du tourisme, co-gestionnaire des lieux. Face à nous, Edward, un namibien à la peau noire, qui dans un Anglais parfaitement maîtrisé s’adresse à un groupe de touristes, essentiellement constitué d’Allemands, le pays étant une ancienne colonie germanique avant d’être placée sous protectorat Sud-africain.

« Vous voyez Kolmanskop aujourd’hui, envahie par les sables mouvants du désert. Mais, il n’en a pas toujours été ainsi. A un moment, près de 1200 personnes vivaient ici, réparties en 700 familles. La ville contrairement à ce que vous pouvez penser fut même florissante, si florissante qu’elle importait l’eau potable depuis la ville du Cap en Afrique du Sud. Si florissante, qu’en dépit de l’environnement hostile des alentours, elle était une ville moderne dans laquelle il faisait bon vivre. L’hôpital de la ville étant même le premier hôpital d’Afrique à posséder une machine à rayon X. »

Le site de Kolmanskop de l'extérieur

Un : « Deutch qualitat » lancé à haute voix par un homme fait doucement rigoler le public.

« Avant la fièvre du diamant, Kolmanskop était une petite ville si insignifiante qu’elle pris son nom d’un chauffeur de transport qui, au cours d’une tempête de sable découvrit une roche un peu plus brillante que les autres qu’il montra à son superviseur, l’inspecteur du chemin de fer qui ne put garder sa langue dans sa poche et créa une ruée vers les diamants, responsable de l’évolution de la ville »

Afin de pouvoir découvrir la ville par nous-mêmes, nous laissons le guide continuer sa présentation au groupe et quittons discrètement le théâtre ; nous nous retrouvons seuls au milieu de cette ville abandonnée avec pour seule compagnie le vent qui souffle et qui, en s’engouffrant par les fenêtres ouvertes des maisons, créé un sentiment dérangeant. La ville, contrairement à ce qu’on pourrait penser est grande, très grande ; elle fut développée devant un petit centre comprenant des maisons élégantes de style architectural allemand ; nous avançons dans une des rues principales de la ville et dépassons ce qui semble être les restes de l’hôpital. Nous reconnaissons ou du moins avons l’impression de reconnaître l’école, puis la mairie…mais nous n’en sommes pas sûrs, rien ne ressemblant plus à une ruine qu’une ruine…même si les murs de tous ces bâtiments tiennent encore debout.

Intérieur d'une maison à Kolmanskop

Toilettes à Intérieur d'une maison à Kolmanskop

Mon voyage dans le temps dans la ville fantôme

Nous entrons dans une maison au hasard ; nous traversons successivement les pièces qui se ressemblent toutes, nous égayant lorsque dans les WC, les toilettes sont encore présentes. Mais pour rien au monde, nous ne poserions nos fesses dessus. L’ambiance est lourde, pesante. L’histoire de la ville est trop vivace dans nos têtes ; nous gardons le silence, un peu comme si nous étions en plein recueillement. L’âme des lieux semble nous conter son histoire déchirante.

C’est alors que je me sens bercer par une sorte de léthargie qui me fait du bien, une sorte d’état second auquel je m’abandonne, un peu comme lors d’une anesthésie, l’esprit qui souhaite lutter ne peut rien faire face à un corps qui s’endort. Le décor autour de moi change ; je me trouve en 1950 ; au loin, une vieille voiture dont le pot d’échappement pétarade arrive dans la ville ; Steven, un agriculteur entre chez le boucher. Après quelques paroles bienveillantes au verbe fort, il rejoint la boulangerie dans laquelle Olga, la gérante le salue. Les discussions vont bon train. Les nouvelles portent sur la naissance de la petite Naian, la fille du professeur d’école, qui comme par hasard avance dans la rue, accompagné de ses élèves, en rangs bien ordonnés

– Bonjour Madame la boulangère…
– Bonjour Monsieur le professeur, lui répond la gérante, la porte grande ouverte…Madame va bien ?
– Oui, merci, vous n’aurez qu’à passer un peu plus tard…Là, nous nous rendons au théâtre assister à un petit spectacle d’une troupe de la ville de Luderitz

La classe disparaît dans la rue. Dans la boulangerie, les discussions reprennent.

– Quel gentil homme…
– Oui, je le connais bien, il a été le professeur de mon aîné, qui aujourd’hui, travaille avec nous dans la ferme…Mais je ne pense pas qu’il restera avec nous. Avec la conjoncture actuelle, qui sait combien de temps, il y aura du travail ici. Si la mine continue de se tarir, les habitants n’auront plus d’argent et moi, je ne pourrai plus vendre mes œufs et mes produits de la ferme.
– Vous savez, on nous dit que la mine se tarit depuis 1918, ce qui fait presque 32 ans…et nous sommes toujours là. Et nous le serons toujours…J’en suis sûr et je me trompe rarement.

Intérieur d'une maison à Kolmanskop

C’est alors qu’autour de moi, à nouveau, j’assiste à une sorte de rêve dont je ne maîtrise pas les aboutissements. Le décor change brutalement. Un homme arrive en trombe dans la rue : « Ils vont fermer la mine, ils vont fermer la mine » Les femmes apeurées rentrent dans leur maison avec leurs enfants ; les portes claquent ; à l’extérieur, la vie se délabre progressivement ; les départs s’enchaînent ; l’hôpital est le premier à fermer ses portes. Puis le théâtre, ensuite l’école…

Le professeur, père de la petite Naian termine de placer ses bagages dans son véhicule. Le vent souffle toujours aussi fortement, mais sur le chemin de la rue principale, il est glacial, quand bien même la température extérieure frise avec le caniculaire.

***

La ville change de visage ; un peu comme si dans un des coins de ma tête, une horloge tournait rapidement, le temps s’écoule à grande vitesse. Le décor se transforme, les maisons perdent leurs couleurs ; les vitres sous l’effet des conditions climatiques explosent ; le sable pénètre dans les demeures. La ville est recouverte par le sable qui gagne du terrain ; à l’intérieur des salons, des monticules de sables et de roches érodées s’accumulent.

Jusqu’au jour où un superviseur de la mine De Beers entre dans la ville abandonnée et se gare. Du véhicule qu’il conduit, un autre homme, chapeau vissé sur la tête et manquant de s’envoler le rejoint.

– Je t’avais dit que le site était exceptionnel.
– Oui, unique…même. Nous allons faire de cet endroit un des sites les plus importants du tourisme dans le pays.
– Et gonfler un peu plus nos bénéfices…

Son rire bruyant disparaît progressivement alors que le décor autour de l’homme tournoie et devient évanescent. Lorsque j’ouvre les yeux, je me trouve toujours dans cette habitation, à contempler des toilettes qui n’ont pas servies depuis des dizaines années ; je viens de rêver. Je suis un peu décontenancé de cette léthargie qui semblait si réelle. Plusieurs heures viennent de s’écouler ; je me dois de me dépêcher si je ne souhaite pas être en retard lors de ma découverte du Fish Canyon, un des plus beaux paysages du pays.

Mon ami en se dirigeant vers moi remarque ce sentiment mitigé qui m’habite, moi qui suis généralement si exubérant, je garde le silence, ce même silence qui recouvre d’un voile opaque la ville « Non, tout va bien…j’ai dû rêver »

Panneau interdiction Kolmanskop en Namibie

Quand le passé rencontre le présent

Alors que nous quittons le site,  nous croisons John, un namibien qui travaille encore dans l’extraction du diamant, dans une des mines du territoire.

– La visite vous a plu ? me demande t’il, assis à côté d’un panneau interdisant aux touristes de franchir un certain périmètre de sécurité.
– Oui, je dois dire que découvrir une ville fantôme est…disons voir…particulier. Vous travaillez en tant que guide ?
– Non, je suis mineur…encore un des rares mineurs qui travaillent dans les mines qui se trouvent encore dans le secteur…Mais, les mines se trouvent bien plus en contrebas.
– C’est triste, ce qui est arrivé à la ville. J’aimerai bien savoir ce que sont devenus ses habitants.
– Mon père a vécu dans la ville jusqu’en 1954.
– Votre père…suprenant…Et il était mineur ?
– Non, il était professeur…C’était le professeur du village. Il appréciait cet endroit et son métier. Souvent, il emmenait les enfants de sa classe au théâtre. Il passait devant la boulangère qui le saluait. Moi, je n’ai pas fréquenté sa classe car je suis né bien plus tard ; il avait déjà quitté la ville pour rejoindre la capitale. Par contre, ma sœur est née ici.

Je suis en train d’halluciner ; je vis un rêve éveillé. Tout concorde. La vision que j’ai eue était ainsi vraie. Mon visage se fige, je me surprends à me faire peur.

– Et votre sœur, ne s’appelait-elle pas Naian ?

Mon ami me regarde avec étonnement ; le mineur également. Comment pourrais-je connaître cette histoire si je ne venais pas de la vivre ? Le moment est magique. J’attends avec impatience la validation de l’homme : « Incroyable…comment avez-vous su ? Vous êtes magicien ? »

–  Non, elle s’appelait Brigitte…

La douche est froide, ce qui tombe bien sous ce soleil caniculaire. Le rêve vécu me paraissait si vrai. Nous saluons l’homme et grimpons dans notre véhicule. Au fur et à mesure de notre éloignement, le village n’est plus qu’un mirage encore visible dans nos rétroviseurs. Le pasteur avait raison. Avec Kolmanskop, où se trouve la réalité ?

– Pourquoi tu lui as dit que sa sœur s’appelait Naian ? En plus Naian, où as-tu trouvé un tel prénom ?

Je garde le silence…le même silence qui règne à Kolmanskop et qui continuera de régner longtemps, le symbole d’une terre qui fut mais qui ne sera plus, l’image d’un monde qui nous prouve que la nature finira toujours par reprendre ses droits sur des terres pour lesquels l’homme n’est qu’un gardien. Ou une illusion…

Le site de Kolmanskop est un incontournable de la Namibie pour bien saisir toute l’histoire du pays. Envie de vivre cette formidable expérience ? N’hésitez pas à en fait part à notre agence locale afin qu’elle vous organise un voyage sur-mesure en Namibie au plus près de vos attentes.

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